| Démarche artistique |
Biographie
Né le 24 septembre 1961 à Alger, Farid a découvert son attirance pour le dessin au collège. Son talent évident ne passe pas inaperçu, et en 1978 son professeur l’inscrit à l’École des Beaux-Arts d’Alger. Cela devient le premier jalon sur la voie de révélation du futur artiste.
Cependant, Farid ne se cherche pas seulement la réalisation de soi dans l’art, il a besoin de quelque chose de plus : de trouver sa vocation. La pure abstraction des études artistiques ne suffit pas pour coexister avec une immense réalité changeante. Réticent à suivre le schéma préconçu d’études, Farid se lance instinctivement dans le domaine de la santé, animé par le désir d’être utile, de prendre sa place dans ce monde. Fraîchement diplômé d’une licence d’instrumentiste, Farid s’envole pour la Suisse en 1989 avant les troubles populaires dans son pays natal où il craint de ne plus pouvoir appliquer sa philosophie de vie. Il est devenu citoyen suisse en 1993.
Farid a rapidement repris goût à la peinture et a créé un amalgame d’œuvres qui ont vu le jour entre 1991 et 1994. Ces œuvres sont les fruits d’une recherche intense de son propre style.
Ayant touché au classicisme, à l’expressionnisme et au dadaïsme, Farid se reconnaît enfin dans l’abstraction. La calligraphie a accompagné Farid tout au long de son voyage créateur et est finalement devenue sa spécialité, forgeant son style évocateur et audacieux et sa méthode unique. Avec 30 ans d’expérience, Farid continue jusqu’à aujourd’hui à explorer cet art ancestral, insufflant une nouvelle vie aux formes canoniques et les transmuant par des explorations de lignes et de textures.
Introduction
Ma démarche est une sorte de singularité, mes travaux sont des affiches codées basées sur la Communication.
Dans mes tableaux, je navigue entre l’Ordre et le Chaos : inspiré de ce qui m’entoure, surtout de la nature, j’établis le désordre pour aboutir à un état d’ordre.
La lettre est comme une monnaie crée pour la communication, elle est à la source de tout plaisir ou passion. Tout fragment de réalité, en fait, est une Copie : c’est le principe de la construction des fractales. La même chose est vraie pour la lettre. Linguistiquement, elle change de ton, de vitesse, d’émotion en l’intégrant à d’autres lettres qui façonnent finalement une Syntaxe.
La lettre est composée d’un code, d’une loi et aussi d’une forme pour créer une individualité ou, par une collection de lettres, évoquer l’expérience de divers événements générée par le rédacteur. La lettre peut parler elle-même : l’arborescence et la ramification y conduisent à l’évolution et l’expansion. C’est comme si la lettre veut participer à cette nouvelle forme de communication humaine et commence à prendre une nouvelle tournure dans les outils contemporains futuristes.
Les structures ramifiées des vaisseaux sanguins ou des lobes pulmonaires peuvent rappeler les formes fractales engendrées par le phénomène d’agrégation accompagnant la diffusion limitée.
La lettre est toujours présente dans le domaine scientifique, littéraire, et dans d’autres systèmes de signes contemporains. Est-ce qu’elle se transformera à travers les âges et prendra une autre forme et un autre sens ? L’histoire nous a appris que OUI.
Le sujet principal de mon travail est toujours la lettre, telle que je la perçois, ce n’est pas une syntaxe, mais une recherche de forme sous l’égide de lois déterministe et hasardeuse, et aussi un bras de fer entre ordre et désordre tels que nous les concevons. L’ensemble de leur confrontation évidente et de leur interaction cachée est perceptible dans mes tableaux.
L’adaptation de la lettre n’est pas inconnue, elle peut trouver une place dans tous les domaines. Je l’ai défini comme « fractale » parce qu’elle est basée sur un symbole linguistique qui n’a aucun sens, étant isolé.
Je me pose donc des questions : est-ce que la lettre n’est pas en train de prendre une autre forme, accepter un autre statut ? Combattre l’écriture littéraire des livres traditionnels, n’est-ce pas une préoccupation ?
Démarche artistique
Série des 30 Tableaux
En 1994-1995, j’ai commencé par la série des 30 Tableaux, de 50 X 70 cm, encre et acrylique sur papier, qui, à ma grande surprise, ont eu du succès.
Cette série a marqué un tournant dans ma recherche et m’a encouragé à aller plus loin et à expérimenter plus avec les traits et les textures. J’ai toujours été fasciné par la transformation dynamique des formes. La série des 30 Tableaux est devenue mon début en tant que peintre autodidacte que je suis sur ma vision de l’art et la calligraphie en général.
Série Fractal
Cette série comprend 12 tableaux de 126 X 106 cm, encre et acrylique sur toile.
J’ai incarné ma compréhension et ma vision de la fractale comme une structure géométrique et un concept d’innombrables réflexions de forme. En créant ces œuvres, j’ai agi non seulement en tant qu’artiste, mais en tant que chercheur.
J’ai débattu le sujet des fractales par fascination pour cette science incompréhensible qui pourtant nous révèle notre mode de vie, notre comportement face à l’ordre et au chaos. Dans cette série de tableaux, j’ai essayé d’exposer la collision de la certitude et du hasard, une collision qui non seulement détruit, mais également génère. C’est une sorte de rupture dans le tissu de la réalité, qui produit de nouvelles formes et de nouveaux signes.
Le terme même de « fractale » implique une rupture, une fragmentation. Une figure fractale est en première approximation une courbe, une surface, un volume de forme irrégulière ou morcelée qui se crée en suivant des règles déterministes ou stochastiques impliquant une homothétie interne. Ce terme est un néologisme créé par le mathématicien Benoît Mandelbrot en 1974 à partir de la racine latine « fractus », qui signifie « brisé », « irrégulier ».
Plus généralement, une fractale désigne des objets dont la structure est invariante par changement d’échelle. En réalité, il existe un modèle mathématique précis et transparent derrière tous ces objets fantastiques ce qui permet de parler des structures mathématiques ayant des dimensions non-entières.
Des structures fractales étaient connues avant leur popularisation au début des années 1980 grâce aux images calculées par les ordinateurs qui sont devenus suffisamment puissants à cette époque. On connaissait ainsi les courbes de Peano et de von Koch. De nos jours, l’ensemble de Mandelbrot et celui de Julia sont les plus célèbres.
Cette calligraphie, qui comprend des mots et des lettres comme symboles ancestraux universels, permet en même temps de ressentir le lien profond entre l’expérience individuelle et collective, entre l’âme de l’homme et la mémoire des générations accumulée au fil des millénaires.
Je veux que mes toiles soient une source de questions pour les gens, les intriguent, les fassent réfléchir.
Qu’est-ce qui se cache dans ses œuvres ? Le trait, a-t-il une fin ? Où est la censure ? Que doit-on y inscrire? Que doit-on donner de soi-même pour créer une communication ? Mon intention est que le public se pose de bonnes questions face à l’œuvre de l’artiste.
Je ne me proclame pas créateur, j’essaye juste de transmettre ma sensibilité avec des codes de ces codes qui sont inhérents à moi.
Série Traces
Toujours en quête de me rapprocher du trait, allez dans les profondeurs entre texture et forme j’ai entamé le projet de Traces. Cette série comprend les tableaux de 190 X 160 cm. Un trait distinctif de cette série d’œuvres est une interminable ligne d’écriture en langue arabe sur la surface toute blanche que j’ai intégrée à une installation de rouleaux d’écriture de 50 mètres (X2 rouleaux).
Je ne suis pas un poète et je ne suis pas un calligraphe, j’utilise la lettre et le mot comme un trait de pinceau. En créant ce cycle de tableaux, j’ai enfin atteint mon objectif : de briser les codes stricts des lois calligraphiques et révéler le flot des formes inconditionnées. Je provoque l’art par l’ambiguïté entre la calligraphie et l’abstrait. Mon intention est de ramener le public à la pureté et aux origines de la forme, sans perdre le sens qui y est caché. Ces formes ne sont pas intentionnelles, je propose aux spectateurs d’interpréter les signes qui apparaissent dans leur perception.
Des années plus tôt, deux artistes éminents avaient déjà travaillé sur le sujet de l’abstraction en art : Wassily Kandinsky et Jackson Pollock.
Série Dialogue
Cette série a un rapprochement étroit et de nombreux points communs avec les Traces, en fait, c’est une suite logique de ma démarche artistique. Le Dialogue détermine la communication au sein de l’œuvre elle-même, montrant objectivement le déterminisme et le hasard, l’ordre et le chaos. Ce ne sont pas deux forces opposées l’une à l’autre, mais des forces en interaction et en interpénétration. J’ai essayé d’exprimer en couleurs et en lignes leur transformation mutuelle dynamique.
Actuellement, je continue à travailler sur plusieurs projets, que j’espère réaliser prochainement et présenter dans des installations d’art contemporain. Je suppose que mon voyage créatif m’apportera bien d’autres découvertes.
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